Actu d.school

Retour sur la Milan Design Week : une édition marquée par la matière

04/05/2026

La Milan Design Week a eu lieu du 21 au 26 avril 2026, et notre équipe de la d.school Paris a eu la chance de s’y rendre. Nous vous partageons ici quelques observations, en espérant qu’elles vous donneront envie d’y aller à votre tour.

Un regard d.school : observer plutôt que produire

À la d.school Paris, nous ne faisons pas du design d’objet au sens classique du terme. Notre approche du design est centrée sur les usages, les expériences et la transformation des organisations.

Notre présence à la Milan Design Week relevait donc avant tout d’une démarche d’exploration : aller observer d’autres formes de design, s’en inspirer, et nourrir nos pratiques pédagogiques et méthodologiques.

Il ne s’agissait pas ici de nous projeter comme designers d’objets, mais bien d’élargir notre regard.

La Milan Design Week : un laboratoire du design

À l’origine, un salon est créé après-guerre pour promouvoir le savoir-faire du mobilier italien : le Salone del Mobile, en 1961. Au fil du temps, il devient le rendez-vous incontournable du design à l’échelle internationale.

Dans les années 1980, des galeries, designers et artistes commencent à organiser des expositions en dehors du salon officiel afin de profiter de sa visibilité. C’est ainsi que naît le Fuorisalone : une constellation d’événements indépendants, souvent installés dans des lieux atypiques, où se déploient des propositions plus expérimentales.

Ces deux dimensions transforment Milan, pendant quelques jours, en un véritable laboratoire du design, à la croisée de l’art, de l’industrie et de l’expérimentation.

Nous avons fait le choix de nous concentrer principalement sur le Fuorisalone, moins centré sur le design produit pur, mais particulièrement riche en expériences, en scénographies et en explorations de la matière.

Le retour du bois : entre tradition et réinvention

Le bois, matériau classique du design et du mobilier, semble connaître un regain d’intérêt. Mais plus qu’un simple retour, il s’agit d’une réinterprétation.

On observe une valorisation du bois massif, parfois travaillé de manière expressive — comme ce banc brûlé (cf.1) — qui met en avant la texture, l’irrégularité, voire la transformation du matériau.

Ce mouvement traduit un besoin de simplicité, d’authenticité et de durabilité. Il s’inscrit aussi dans une prise de distance progressive avec certains matériaux industriels comme le plastique, qui ont pourtant marqué des générations de designers.

Dans le même temps, les nouvelles technologies ouvrent des perspectives inédites : elles permettent de travailler le bois autrement, de le transformer, de le réinventer.

Rien n’est figé : même les matériaux les plus traditionnels restent des terrains d’innovation.

Des matériaux sensibles et inattendus

Au-delà du bois, de nombreux matériaux ont retenu notre attention : papier, textile, argile, faïence ou encore cire.

Ces matériaux ne sont pas seulement utilisés pour leurs propriétés fonctionnelles, mais pour leur capacité à susciter une émotion. Ils jouent avec la lumière, les textures, les imperfections. Ils racontent quelque chose.

On s’éloigne ici d’une vision strictement industrielle du design — souvent associée à des formes métalliques, rigides, structurelles — pour aller vers une approche plus sensible, plus narrative.

Le design ne se limite pas à “faire fonctionner” : il cherche aussi à faire ressentir.

La scénographie comme extension du design

À Milan, les objets ne sont presque jamais présentés seuls. Ils s’inscrivent dans des dispositifs scénographiques qui participent pleinement à l’expérience.

La scénographie agit comme un langage. Elle met en condition, oriente l’attention, invite à ressentir.

Par exemple, un long couloir de miroirs entouré d’herbes hautes (cf.2), qui bruissaient au moindre contact, incitait spontanément au silence et à l’observation. Rien n’était explicitement expliqué, mais tout était ressenti.

À l’inverse, certaines expositions, pourtant portées par des marques prestigieuses, semblaient moins travailler cette dimension narrative, rendant l’expérience plus distante.

Une exposition comme Alcova illustre particulièrement bien cette puissance scénographique. Installée dans un ancien hôpital abandonné, elle propose une ambiance brute, froide, presque dérangeante. Dans ce cadre, des objets délicats et lumineux apparaissent en contraste.

Ce décalage crée une tension forte : le lieu transforme la perception des objets, et les objets transforment à leur tour le lieu.

Deux approches du design, un même pouvoir de transformation

Les formes de design observées à Milan — objets, matériaux, installations — diffèrent de celles que nous pratiquons à la d.school, davantage orientées vers les services, les expériences et les organisations.

Pourtant, des points de convergence apparaissent.

L’attention portée à l’expérience, l’importance du récit, la place donnée aux émotions : autant d’éléments qui résonnent avec nos propres pratiques.

Ces correspondances nous intéressent particulièrement, car elles ouvrent des passerelles entre disciplines. Elles montrent que, malgré des terrains d’application différents, le design partage une intention commune : transformer notre rapport au monde.

Un design inspirant… mais situé

La richesse des propositions présentées à Milan tient aussi à la liberté qu’offre le design d’exposition : liberté formelle, expérimentations radicales, parfois éloignées de contraintes d’usage ou de déploiement à grande échelle.

Cette liberté est précieuse. Elle permet d’explorer, de tester, de provoquer.

Mais elle invite aussi à prendre du recul : ce qui fonctionne dans un contexte d’exposition ne se transpose pas toujours tel quel dans d’autres environnements, notamment organisationnels.

C’est précisément dans cet écart que réside l’intérêt de notre démarche : observer, comprendre, puis traduire.

Ce que nous ramenons à la d.school

Plus qu’un modèle à reproduire, la Milan Design Week constitue pour nous un terrain d’inspiration et de questionnement.

Elle nous invite à enrichir nos pratiques :

  • Accorder une place plus importante à la matérialité, même dans des projets immatériels
  • Travailler davantage le récit et la mise en scène des expériences
  • Mobiliser les émotions comme levier de transformation
  • Explorer les contrastes pour créer des expériences marquantes

C’est dans ce dialogue entre disciplines que nous voyons émerger de nouvelles façons de concevoir, d’enseigner et de transformer.

D'autres articles qui vous plairont

Retour sur la Milan Design Week : une édition marquée par la matière

La Milan Design Week a eu lieu du 21 au 26 avril 2026, et notre équipe de la d.school a eu la chance de...

Actu d.school

Comment concevoir des nudges efficaces pour changer les comportements sans contraindre ?

Découvrez comment concevoir des nudges efficaces : principes, biais cognitifs et méthode pas à pas pour influencer les comportements sans contraindre....

Design Thinking

Créer un atelier design fiction en s’inspirant de la concertation citoyenne ?

Comment enrichir vos ateliers de design fiction en s'inspirant de la concertation citoyenne ? Recrutement, questions de débat, livrables...

Design Fiction