17/12/2025
Le Design Fiction est une pratique de design spéculatif qui combine prospective, créativité et design pour explorer les futurs possibles et les mettre en débat. Il s’agit de construire des scénarios futurs qu’on incarne dans des artefacts (objets, audios, visuels, expériences, etc.) afin de questionner les décisions que nous prenons aujourd’hui et leurs conséquences à long terme.
En rendant les futurs tangibles, le Design Fiction permet d’ouvrir de nouvelles perspectives, de stimuler la réflexion stratégique et d’aider les organisations à anticiper les transformations à venir.
Comment est né le design fiction ?
À la d.school, on remonte jusque dans les années 60 pour expliquer l’histoire du Design Fiction Dans un contexte d’explosion urbaine et de modernisation accélérée, un mouvement nait : l’architecture radicale qui conçoit des bâtiments non pas dans le but de les construire pour faire réfléchir aux changements en cours.
À la même époque, le collectif britannique Archigram imagine des visions futuristes comme la célèbre Walking City de Ron Herron (1964), une ville mobile et intelligente conçue comme un exosquelette géant. Ce type de spéculation architecturale visait déjà à provoquer le débat sur les manières d’habiter et d’organiser nos sociétés.

Dans les décennies suivantes, cette posture critique se retrouve dans le design d’objets radicaux puis, dans les années 1990, dans le design critique, qui utilise des objets du quotidien détournés pour révéler les tensions sociales, culturelles et technologiques. Dunne & Raby jouent un rôle central dans cette évolution en utilisant le design comme outil de débat public autour des technologies émergentes.
Le terme design fiction apparaît finalement en 2005 sous la plume de Bruce Sterling, puis est théorisé par Julian Bleecker. Héritier du design spéculatif et du design critique, le Design Fiction conserve leur dimension provocatrice tout en ajoutant une ambition nouvelle : non seulement ouvrir le débat, mais aussi aider les citoyens à agir, en utilisant des futurs fictifs pour éclairer les décisions du présent.
Les composantes du Design Fiction
À la d.school, nous avons défini quatre composantes au design fiction.
La première composante : On conçoit des mondes possibles.
Le futur n’est jamais unique ni tracé : il existe une multitude de trajectoires que l’on peut atteindre, éviter ou transformer. Le Design Fiction explore ces futurs possibles, pas seulement les scénarios probables, afin d’ouvrir le champ des imaginaires et de rendre visibles d’autres alternatives. L’enjeu est de concevoir des mondes cohérents et crédibles, suffisamment tangibles pour que l’on puisse s’y projeter.
La deuxième composante : On incarne les futurs par des artefacts.
Ce sont les objets, plateformes numériques, documents, récits ou expériences qui incarnent le futur imaginé. Le Design Fiction s’attache à représenter un futur du quotidien à travers un paquet de café, une carte de transport, un ticket de caisse. Car ce sont des objets que tout le monde connaît et manipule. Leur familiarité permet d’impliquer immédiatement le public et de rendre les futurs concrets et accessibles.
À la d.school, nous avons une salle immersive d’artefacts qui plongent les visiteurs à Marseille en 2037.
La troisième composante : On garde une posture critique sur les scénarios.
Les scénarios ne se contentent pas d’imaginer un futur souhaitable : ils explorent aussi les risques, les tensions, les effets de bord ou ce qui pourrait mal tourner. Cette posture critique permet de questionner des tabous, de révéler les zones aveugles et d’interroger nos choix technologiques et sociétaux actuels. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Design Fiction peut être provocateur.
La quatrième composante : On met en débat les scénarios futurs.
En rendant les futurs visibles et discutables, le Design Fiction invite les participants à se positionner, à exprimer leurs préférences, à débattre des trajectoires possibles. C’est cette mise en discussion qui permet d’utiliser le futur comme un outil pour agir dans le présent.
Les étapes du Design Fiction
Phase 1 : La veille du présent
La première étape du Design Fiction consiste à observer attentivement le présent. Il s’agit d’identifier les signaux faibles, les tendances émergentes et des tendances lourdes. Cette veille permet d’ancrer le travail prospectif dans la réalité en s’appuyant sur des évolutions déjà perceptibles.
Phase 2 : Créer le futur
À partir de cette matière issue du présent, on élabore un ou plusieurs scénarios de futurs possibles. Ces scénarios cherchent à être crédibles, cohérents et contrastés : ils peuvent être souhaitables ou dérangeants. Une fois imaginés, ils sont analysés pour comprendre leurs impacts : risques, opportunités, effets de bord,. Cette analyse prospective aide à mettre en lumière les enjeux stratégiques portés par chaque futur.
Phase 3 : Projeter pour mieux décider au présent
La dernière phase consiste à rendre ces futurs tangibles grâce à la création d’artefacts : objets, documents, visuels ou expériences issus du futur imaginé. Ces incarnations servent de support à la discussion et permettent d’impliquer immédiatement le public. Les artefacts sont ensuite utilisés pour ouvrir un débat, inviter au positionnement et questionner les trajectoires possibles. Cette mise en discussion permet d’utiliser le futur comme un outil d’aide à la décision pour agir plus lucidement dans le présent.
Le Design Fiction est un outil puissant pour rendre les futurs tangibles et éclairer nos décisions d’aujourd’hui. À la d.school Paris, nous l’utilisons pour aider équipes et organisations à explorer des mondes possibles, questionner leurs choix et imaginer d’autres trajectoires.
Le futur n’est pas fixé : c’est en le rendant visible qu’on peut commencer à le transformer.
Pour en savoir plus
La d.school Paris propose des formations Design Fiction pour expérimenter la démarche et ses outils à travers des cas concrets. Vous apprendrez à identifier des signaux faibles, imaginer des scénarios, créer des artefacts et animer des débats pour éclairer les décisions du présent.
Inscription à nos formations :
École Nationale des Ponts et Chaussées
Bâtiment Coriolis
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