Design thinking

Comment diffuser les approches de design en entreprise ?

06/01/2026

Un premier état des lieux externe lors du premier podcast événement « d.connect » du 15 décembre 2025

Nous vous présentons aujourd’hui le tout premier épisode de notre nouveau format : d.connect, le podcast de la d.school Paris dédié au partage d’expertise entre designers et praticiens de l’innovation. Cet épisode inaugural est désormais disponible dans son intégralité sur toutes les plateformes d’écoute à partir de ce lien. Pour ceux qui préfèrent la lecture, voici une synthèse des échanges qui ont marqué ce premier volet.

Pour ouvrir cette série, nous avons choisi de donner la parole à trois regards « externes », trois consultantes qui interviennent au cœur de structures variées sans y être rattachées de manière permanente : Eloïse Semeteys (Product Designer chez Agirc-Arrco, ex-consultante), Abigail Feist (Consultante chez Publicis Sapient) et Aline Xu (Product Designer chez LexisNexis). Ce choix marque le début d’un cycle de réflexion : les prochains rendez-vous accueilleront des designers internes, puis des non-designers, et enfin des profils œuvrant dans le secteur public.

Comment diffuser les approches de design en entreprise ?

La question est au cœur des préoccupations actuelles : comment faire infuser le design dans des organisations dont ce n’est pas la culture première ? Le design y est souvent perçu comme un « gros mot » ou réduit à une simple exécution graphique. Pour nos trois expertes, il s’agit pourtant avant tout d’une méthodologie de résolution de problèmes capable de s’adapter aux objectifs business tout en préservant l’intérêt de l’utilisateur.

1. Diagnostiquer la « Maturité UX » de l’organisation

Avant de diffuser, il faut comprendre le terrain. Les entreprises affichent des niveaux de maturité variés. Un indicateur clé : le sponsorship. Si le design est porté par un CEO ou un CTO, l’impact et les budgets suivent. À l’inverse, s’il est rattaché au marketing ou à la communication, il se retrouve souvent limité à du « maquettage ». Dans les structures à forte maturité, le designer est considéré comme un partenaire expert à qui l’on fait confiance pour itérer et même échouer, l’échec étant vu comme un investissement pour éviter de développer des fonctionnalités inutiles.

2. Trouver des « Frères d’Armes »

La diffusion du design ne peut être un combat solitaire. Aline insiste sur la nécessité de trouver des alliés stratégiques au sein des équipes : développeurs, Product Managers ou Scrum Masters. La clé réside dans une communication transparente : expliquer son métier, ses méthodes et comprendre les contraintes de l’autre (objectifs financiers, délais techniques) pour trouver un terrain d’entente. Abigail suggère même de s’associer aux profils gérant les méthodes, comme le coach Agile, pour intégrer les pratiques de design directement dans le workflow de l’équipe.

3. S’appuyer sur le terrain pour convaincre

Le levier le plus puissant pour diffuser le design reste la recherche utilisateur. Pour nos interlocutrices, pas question de « sacraliser » la recherche : il faut l’intégrer avec agilité, parfois via des « méthodes guérilla ». Les interviews de parties prenantes constituent une « mine d’or » pour comprendre le contexte, les freins et le stress ambiant avant même de commencer. Écouter les appels au service client ou observer les utilisateurs dans leur quotidien permet de récolter des preuves tangibles. Et rien ne vaut la force du témoignage : utiliser des vidéos, des photos ou des citations réelles d’utilisateurs « qui galèrent » s’avère plus efficace que n’importe quel long rapport pour convaincre une direction.

4. L’Intelligence Artificielle : Accélérateur ou Biais ?

L’IA générative s’invite désormais dans le débat. Si elle constitue un excellent assistant pour les tâches chronophages (transcriptions, résumés de base, création de guides d’entretien V0) elle ne remplace pas l’expertise humaine. Le risque majeur réside dans la tentation de l’utiliser comme un raccourci pour éviter le contact humain ou l’analyse nuancée. Comme le souligne Eloïse, l’IA aide à la production, mais la sensibilisation et l’acculturation restent une affaire d’humain à humain.

5. Les ateliers comme espaces de déconstruction

L’atelier reste un outil privilégié, à condition de ne pas dépasser deux heures pour maintenir l’engagement. Des formats comme le « Speedboat » permettent de projeter une vision commune du produit tout en identifiant les obstacles. Un exercice simple proposé par Abigail pour initier des non-designers consiste à les faire s’interroger mutuellement sur une tâche banale, comme faire ses courses. Cela suffit à démontrer que chacun a des comportements différents et que l’empathie est la base de toute solution pertinente.

La formation, socle d'un langage commun

Le design en entreprise est une négociation silencieuse permanente. Pour diffuser ces approches, il faut savoir déconstruire ses propres croyances et parler la langue de son interlocuteur, qu’il soit focalisé sur le chiffre d’affaires ou sur la faisabilité technique.

 

Pour clore cette réflexion, un levier fondamental apparaît comme le moteur de cette transformation : la formation. Se former, c’est avant tout apprendre à parler un langage commun et commencer à vivre un processus méthodologique ensemble. La d.school Paris propose un catalogue de formations destiné tant aux entreprises qu’aux individuels pour faciliter cette adoption des outils de design. En formant les équipes, on ne transmet pas seulement des techniques, on crée une culture commune où chacun, du designer au décideur, dispose des clés nécessaires pour innover de concert.

Pour mieux saisir cette dynamique, imaginons le design comme une langue étrangère dans une entreprise multinationale. Sans formation commune, chaque service parle son propre dialecte : la finance en tableurs, la tech en sprints, le marketing en personas. Le designer débarque avec son vocabulaire d’empathie et d’itération, mais personne ne se comprend vraiment. La formation devient alors ce cours intensif où toute l’équipe apprend les bases d’une langue partagée – pas pour remplacer les langues maternelles de chacun, mais pour permettre enfin de se comprendre autour de la table et de construire ensemble, dans un dialogue fluide, des solutions qui ont du sens pour tous.

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