13/01/2026
Beaucoup de formations et de projets d’innovation reposent sur des cas fictifs, des exercices courts ou des problématiques déjà balisées. Pourtant, dans la réalité des organisations, les défis sont souvent mal définis, complexes, multidimensionnels et résistants aux solutions rapides.
Cet article explore ce que l’on apprend lorsqu’on travaille sur un problème réel, pendant plusieurs mois, en lien avec des utilisateurs, des contraintes organisationnelles et des enjeux stratégiques (et pourquoi cette approche transforme profondément la manière d’innover, autant pour les étudiants que pour les entreprises).
1. Les problèmes réels ne se laissent pas "résoudre" rapidement
Dans les projets académiques classiques, le problème est souvent bien formulé, circonscrit et solvable en quelques semaines. En revanche, dans les projets longs et ouverts, le problème évolue en permanence, les utilisateurs ne savent pas toujours exprimer leurs besoins, et les contraintes techniques, économiques et humaines se contredisent. Ce type de contexte oblige à abandonner la recherche de la « bonne idée » pour développer une capacité bien plus précieuse : apprendre à cadrer, recadrer et reformuler le problème.
2. Le temps long comme condition de l'apprentissage profond
L’innovation demande du temps. Pas pour produire plus, mais pour comprendre mieux. Sur plusieurs mois, les équipes vivent des phases d’enthousiasme, des moments de doute, des remises en question et des pivots nécessaires. Ce temps long permet d’aller au-delà des premières évidences, de tester plusieurs hypothèses et de confronter les idées à la réalité du terrain.
Pour les étudiants, c’est l’occasion de passer d’une logique scolaire à une posture professionnelle. Pour les entreprises, c’est une opportunité d’explorer des questions qu’elles n’ont pas le temps d’approfondir en interne.
3. Travailler avec de vrais utilisateurs change la posture
Dans un projet réel, l’utilisateur n’est plus une abstraction ni une « cible marketing ». Il devient une personne avec des contraintes, des contradictions et des comportements inattendus. Cette confrontation développe l’écoute active, l’humilité face à la complexité du réel et la capacité à remettre en question ses propres certitudes. C’est souvent là que se joue la différence entre une innovation technologiquement brillante et une innovation réellement pertinente.
4. L'apprentissage par le prototypage plutôt que par la certitude
Les projets longs et ouverts obligent à penser avec les mains. Le prototypage devient un outil de réflexion, un support de dialogue avec les utilisateurs et un moyen de rendre visibles des hypothèses implicites. On n’attend plus d’avoir raison pour agir : on agit pour comprendre ce qui mérite d’être amélioré.
Cette logique est particulièrement précieuse pour des organisations habituées à planifier longuement, valider en amont et limiter l’incertitude.
5. La collaboration interdisciplinaire comme moteur d'innovation
Les défis complexes ne relèvent jamais d’une seule expertise. Dans les projets longs, les profils techniques, créatifs, business et analytiques se confrontent, les tensions deviennent productives et les décisions sont enrichies par la diversité des points de vue. Ce type de collaboration prépare autant les étudiants que les entreprises à la réalité du travail contemporain, où l’innovation est collective par nature.
Même sans attendre un produit final directement exploitable, les organisations retirent de tels projets une meilleure compréhension de leurs utilisateurs, un regard extérieur et critique sur leurs pratiques, une acculturation à l’expérimentation et au test, ainsi qu’une capacité à poser de meilleures questions. Souvent, la valeur ne réside pas uniquement dans la solution livrée, mais dans la transformation des manières de penser.
Les projets longs, ouverts et ancrés dans le réel forment une école exigeante de l’innovation. Ils apprennent à naviguer dans l’incertitude, à écouter avant de décider, à accepter l’échec comme source d’apprentissage et à concevoir avec, plutôt que pour.
Pour les étudiants comme pour les entreprises, cette approche développe une compétence clé pour les années à venir : la capacité à apprendre en situation réelle, face à des problèmes qui n’ont pas de réponse évidente.
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