Design Thinking

Comment diffuser les approches de design en entreprise ? #2

13/05/2026

Après un premier épisode consacré au regard des consultants et designers externes, ce second d.connect donne la parole à celles et ceux qui vivent ces transformations de l’intérieur.

Pour cet échange, nous avons eu le plaisir d’accueillir :

  • Inès Khoudja, Head of Design à la MAIF,
  • Pierre-Olivier Dubois, Directeur du programme Innovation durable et Design circulaire chez Orange.

Deux regards complémentaires sur un même défi : faire exister le design, ses méthodes et ses ambitions dans des organisations complexes, traversées par des enjeux stratégiques, techniques, humains… et politiques.

Le podcast est à écouter ici : Écouter le d.connect #2

Le design intégré : chercher les conditions de l’impact

Tous deux ont connu le monde du conseil avant de rejoindre de grandes organisations.
Et pour eux, le passage “de l’autre côté” répond à une même volonté : comprendre ce qui permet réellement aux projets de transformer une organisation. Pour Inès Khoudja, rejoindre la MAIF signifiait notamment accéder à ce qui manquait parfois au conseil : les conditions concrètes de mise en œuvre.

Le design ne se limite pas à produire des recommandations pertinentes ou des concepts convaincants. Encore faut-il comprendre comment les décisions se prennent, comment les arbitrages budgétaires se font, comment les projets survivent (ou non ) aux contraintes organisationnelles. Même constat du côté de Orange, où Pierre-Olivier Dubois rappelle l’importance de suivre un projet dans toute sa continuité, et pas uniquement dans une phase ponctuelle d’intervention.

Mais intégrer une organisation signifie aussi composer avec ses contraintes :

  • lourdeurs structurelles,
  • hiérarchies,
  • outillage inadapté,
  • inertie décisionnelle,
  • ou encore autocensure progressive face aux limites du système.

Les deux intervenants évoquent ainsi la nécessité de conserver une forme de “piraterie constructive” : savoir contourner certains blocages sans perdre de vue les réalités de l’organisation.

Une place à la table mais pas partout

Le premier épisode du d.connect soulignait déjà un constat fréquent : les designers externes arrivent souvent trop tard dans les projets, lorsque les grandes orientations stratégiques sont déjà décidées. Le design intégré permet-il vraiment d’intervenir plus tôt ? La réponse est plus nuancée.

Chez MAIF comme chez Orange, certaines équipes participent effectivement à des réflexions très amont : prévention des risques climatiques, anticipation, innovation durable, définition de propositions de valeur… Mais cette capacité d’action reste extrêmement hétérogène selon les entités, les métiers et les niveaux de maturité.

Pierre-Olivier Dubois rappelle ainsi qu’au sein d’une même organisation, le design peut être considéré comme un simple “coup de peinture” en fin de projet ou comme un véritable levier stratégique. Entre ces deux extrêmes, une question revient constamment : comment relier intention stratégique et transformation opérationnelle ? Autrement dit : comment faire passer les idées dans les budgets, les feuilles de route, les outils, les arbitrages et les processus existants ?

Le design comme langage ou comme obstacle

Un autre sujet traverse largement l’échange : celui du vocabulaire. Le mot “design” reste polysémique, parfois mal compris, parfois même contre-productif.

Chez MAIF, le choix a progressivement été fait de parler davantage “d’expérience” que de “design”. Une manière de fédérer plus largement autour d’un objectif commun : la qualité de l’expérience vécue par les sociétaires. Pour Inès Khoudja, le design n’a pas vocation à devenir une identité dominante ou une discipline hégémonique. Il doit plutôt agir comme une compétence parmi d’autres, au service de défis collectifs.

Même interrogation chez Orange, où Pierre-Olivier Dubois explique que le terme “design” reste encore trop souvent associé à sa dimension esthétique, alors même que les enjeux portés aujourd’hui touchent la stratégie, la soutenabilité, la circularité, ou encore les transformations systémiques.

Les deux intervenants insistent ainsi sur une idée forte : diffuser les approches de design, ce n’est pas nécessairement diffuser le mot “design”.

L’importance des alliés internes

L’un des enseignements majeurs de cet épisode concerne le rôle des alliances internes : Diffuser le design dans une organisation ne repose pas uniquement sur la qualité des méthodes ou des livrables. Cela dépend aussi de la capacité à identifier les bons relais, comprendre les jeux d’influence, associer les bonnes personnes au bon moment et construire progressivement des coalitions.

Ce travail relationnel, souvent invisible, représente une part considérable du métier. Les deux invités soulignent également l’importance des communautés internes et externes (réseaux métiers, événements, collectifs, communautés, échanges entre pairs …). Ces espaces permettent non seulement de partager des outils et des retours d’expérience, mais aussi de garder un lien avec les évolutions réglementaires, sociales et environnementales qui transforment les organisations.

Design soutenable, accessibilité : des sujets anciens devenus urgents

Un point particulièrement intéressant de l’échange concerne les enjeux d’accessibilité et de soutenabilité.

Les intervenants rappellent que ces sujets ne sont pas nouveaux dans l’histoire du design. Pourtant, leur prise en compte concrète reste récente dans beaucoup d’organisations. Pourquoi ? Parce que les transformations accélèrent souvent lorsqu’apparaissent :

  • des obligations réglementaires,
  • des risques financiers,
  • ou des enjeux de résilience directement perceptibles par les organisations.

Le design devient alors un outil d’anticipation et de réduction des risques, bien au-delà de sa seule dimension créative.

 

Diffuser une culture plutôt qu’une méthode

L’échange se conclut sur une réflexion plus large autour de la culture design. Pierre-Olivier Dubois évoque notamment la “Danish Design Ladder”, un modèle qui illustre différents niveaux d’intégration du design dans les organisations, depuis une approche purement esthétique jusqu’à une véritable culture d’entreprise.

Mais les deux intervenants rappellent qu’aucune transformation n’est définitivement acquise. La place du design dépend :

  • des dirigeants,
  • des contextes économiques,
  • des priorités stratégiques,
  • et des personnes capables de porter ces approches dans le temps.

Chez MAIF comme chez Orange, les modèles organisationnels continuent d’évoluer : équipes centralisées, communautés distribuées, réseaux d’innovateurs internes, nouvelles gouvernances…

Autant d’expérimentations qui montrent que diffuser les approches de design ne consiste pas uniquement à transmettre des méthodes, mais à transformer progressivement les manières de collaborer, de décider et de concevoir l’action collective.

🎧 Retrouvez l’épisode complet du d.connect #2 ici :
Podcast — d.connect #2 : Diffuser les approches de design dans les organisations

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