06/10/2026
Le Design Thinking a notamment été pensé pour faire travailler ensemble des équipes pluridisciplinaires. Ces équipes réunissent des personnes ayant des parcours, des expertises et des points de vue différents. Lorsqu’elles travaillent sur un même sujet, cette diversité doit permettre de construire une réponse plus complète que celle qui pourrait être produite individuellement. La confrontation des différents regards doit notamment permettre de faire émerger de nouvelles idées et d’éviter certains angles morts.
On pourrait donc considérer que le simple fait de réunir plusieurs personnes aux profils différents permet de mobiliser l’intelligence collective. Pourtant, dans la pratique, la pluridisciplinarité ne garantit pas nécessairement un meilleur résultat. Il arrive même qu’un groupe produise une réponse moins pertinente que celle qu’une personne aurait pu construire seule.
La question est donc de comprendre ce qui permet réellement à un groupe de produire de l’intelligence collective.
Une diversité des expertises qui peut aussi devenir une difficulté
L’intelligence collective ne repose pas uniquement sur la présence de plusieurs personnes autour d’un même problème. Elle nécessite certaines conditions de fonctionnement. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, la diversité des profils peut devenir une source de difficultés plutôt qu’une ressource.
Une première difficulté concerne le langage et les habitudes de travail. Chaque domaine professionnel possède ses propres références, ses méthodes et ses façons de communiquer. Une personne peut utiliser une expression ou une méthode qui lui paraît évidente alors qu’elle ne l’est pas pour les autres membres du groupe.
Cette situation est particulièrement visible lorsque des personnes qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble doivent collaborer rapidement. Le « on a toujours fait comme ça », qui peut être efficace dans une équipe habituée à travailler ensemble depuis plusieurs années, peut devenir un obstacle lorsqu’une nouvelle personne arrive dans le groupe. Elle ne connaît pas nécessairement les habitudes, les processus internes ou les implicites qui permettent aux membres de l’équipe de se comprendre rapidement.
Avant même de chercher une solution, il est donc nécessaire de construire une compréhension commune et de permettre aux participants de comprendre les façons de faire et les contraintes des autres.
Des points de vue différents mais qui ne permettent pas toujours de voir l’ensemble
L’expertise de chacun constitue également une limite possible. Une personne possède une connaissance particulière qui lui permet de voir certains aspects d’un problème, mais cette connaissance peut aussi l’amener à regarder le problème principalement depuis son propre domaine.
On peut prendre l’exemple de deux personnes placées dos à dos face à un paysage. La première voit la mer tandis que la seconde voit une plaine. Si chacune décrit ce qu’elle voit, les deux descriptions sont justes. Pourtant, aucune ne décrit l’ensemble du paysage.
Il en va de même dans une équipe pluridisciplinaire. Un expert peut avoir une analyse juste du problème sans pour autant disposer d’une vision complète de celui-ci. Son point de vue n’est pas nécessairement faux, mais il est partiel.
Dans ce contexte, l’objectif du travail collectif n’est pas de déterminer quel point de vue est le bon. Il consiste plutôt à comprendre ce que chaque personne voit et ce que les autres ne voient pas. La valeur du collectif apparaît lorsque ces différents points de vue peuvent être mis en relation.
Cela suppose que les membres du groupe soient capables de regarder dans une même direction, tout en acceptant de changer de point de vue pour aller explorer les différents angles du problème.
Les conditions nécessaires à l’intelligence collective
La première condition de l’intelligence collective est donc la capacité à se comprendre. Les participants doivent pouvoir partager un langage commun et construire une compréhension suffisamment partagée du problème sur lequel ils travaillent.
Mais cette condition n’est pas suffisante. Même lorsque les personnes se comprennent et utilisent les mêmes méthodes de travail, certains mécanismes peuvent empêcher le groupe de tirer pleinement parti de sa diversité.
Les biais cognitifs jouent notamment un rôle important dans les interactions collectives. Le biais d’autorité peut conduire un groupe à accorder davantage de poids à l’opinion d’une personne considérée comme experte ou comme supérieure hiérarchiquement. Le biais de conformité peut amener certains participants à ne pas exprimer leur désaccord lorsqu’ils constatent qu’une majorité semble partager la même opinion. Le biais d’ancrage peut également donner une importance excessive à la première idée proposée, qui devient ensuite un point de référence pour les discussions suivantes.
Ces mécanismes peuvent avoir pour conséquence de réduire la diversité des points de vue réellement exprimés. Un groupe peut ainsi être composé de personnes aux profils très différents tout en produisant finalement une réponse reposant principalement sur le point de vue de quelques participants.
La dynamique de groupe joue également un rôle important. Certaines personnes prennent plus facilement la parole que d’autres. Certaines idées peuvent être rapidement valorisées tandis que d’autres ne trouvent pas l’espace nécessaire pour être développées. La qualité de l’intelligence collective dépend donc aussi de la manière dont les interactions sont organisées.
Le rôle de la facilitation
C’est dans ce contexte que la facilitation prend toute son importance. Le rôle du facilitateur n’est pas de produire lui-même la solution, mais de créer les conditions permettant au groupe de mieux réfléchir ensemble.
Différentes méthodes peuvent être utilisées pour cela. Il peut par exemple être pertinent de commencer par une réflexion individuelle avant de passer à un échange collectif. Les phases de divergence permettent également de faire émerger plusieurs possibilités avant de chercher à converger vers une solution. Les outils de visualisation peuvent aider à rendre les idées visibles et à faciliter leur comparaison.
Ces méthodes permettent notamment de limiter certains effets liés aux dynamiques de groupe. Elles donnent davantage de place aux différents participants et permettent de faire émerger des idées qui auraient pu rester silencieuses dans une discussion classique.
La facilitation consiste ainsi moins à diriger la réflexion qu’à organiser les conditions dans lesquelles cette réflexion peut avoir lieu.
Faire travailler ensemble ne suffit pas
La diversité des profils constitue donc un potentiel pour l’intelligence collective, mais elle ne garantit pas sa réalisation. Faire travailler ensemble plusieurs personnes ne signifie pas automatiquement qu’elles vont produire une réponse plus pertinente.
Pour que l’intelligence collective puisse émerger, les participants doivent pouvoir se comprendre, construire une représentation commune du problème et confronter leurs différents points de vue. Le groupe doit également être capable de prendre en compte les biais cognitifs et les mécanismes qui influencent les interactions.
L’enjeu n’est donc pas simplement de réunir plusieurs expertises, mais de permettre à ces expertises de se rencontrer réellement.
Le Design Thinking s’inscrit dans cette logique. Les méthodes utilisées dans les ateliers permettent de créer un cadre dans lequel les participants peuvent partager leurs perceptions, confronter leurs points de vue et explorer collectivement un problème.
L’intelligence collective n’est ainsi pas uniquement une question de composition d’équipe. Elle dépend également de la manière dont le groupe est accompagné et de la capacité des participants à construire ensemble une compréhension du sujet.
Faire travailler ensemble est donc une première étape. Faire en sorte que le groupe pense réellement ensemble en est une autre.
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