20/10/2026
En bref
Suivre une formation au Design Thinking plonge chaque participant dans la peau d’un concepteur qui mène des entretiens, synthétise des observations et construit des prototypes de ses propres mains. De retour dans leur organisation, les dirigeants et les chefs de projet retrouvent pourtant un quotidien où leur mission consiste surtout à encadrer des équipes et à orienter le travail collectif. Ce passage du rôle d’exécutant à celui d’accompagnateur demande d’adopter une nouvelle grille de lecture pour choisir les bonnes activités et sécuriser chaque jalon méthodologique du projet.
1. La formation au Design Thinking et l'apprentissage par la posture de designer
Depuis sa création, la d.school Paris déploie des formations de référence en Design Thinking à destination de profils qui pilotent la transformation au sein de leurs structures. Les cohortes réunissent principalement des directeurs et des managers, ainsi que des chefs de projet ou des responsables d’innovation. Dans leur réalité opérationnelle, ces professionnels délèguent fréquemment la production directe pour se concentrer sur la coordination et la prise de décision : au quotidien, ils font faire.
Malgré cette réalité managériale, nos formats pédagogiques reposent intégralement sur l’apprentissage par l’action directe pendant plusieurs jours consécutifs. Immerger un décideur dans la fabrication concrète d’un guide d’entretien ou d’une maquette en carton répond à un objectif pédagogique précis. De la même manière qu’un concepteur entre en empathie avec les usagers finaux sur le terrain, un futur pilote de projet gagne à entrer en empathie avec la posture même de designer. Éprouver physiquement la démarche permet de saisir la mécanique interne de chaque outil et de mesurer ce qu’il exige en temps et en énergie. C’est en pratiquant soi-même que l’on comprend véritablement comment sélectionner et ajuster une activité en fonction de l’objectif visé.
2. De la posture du faiseur à celle d'animateur-accompagnateur
Une fois la formation terminée, la dynamique s’inverse dès qu’il s’agit de déployer la démarche avec et pour d’autres collaborateurs. L’enjeu dépasse alors la simple exécution d’une série d’exercices visant à remplir un objectif pédagogique. La personne qui pilote ou accompagne le projet doit désormais cadrer le choix des activités au regard des contraintes de l’organisation, tout en garantissant la solidité des livrables produits par le groupe.
Pour s’orienter dans cette transition, il est utile de distinguer les différentes postures professionnelles selon deux critères structurants : le degré de responsabilité directe sur le livrable final et la nature de l’expertise mobilisée (expertise sur le fond du sujet ou maîtrise du processus méthodologique).
Naviguer entre ces différentes casquettes s’acquiert rarement dans les livres : ce changement de posture s’apprend d’abord par l’étude de cas d’usage concrets et par l’accumulation d’expériences vécues. C’est d’ailleurs pour cette raison que nos formations intègrent volontairement l’apprentissage par l’échec. Se heurter à un entretien mal cadré ou à un test utilisateur déstabilisant en environnement sécurisé prépare le futur accompagnateur à repérer ces mêmes écueils lorsqu’il devra guider ses propres équipes.
3. Cadrer l'exploration : les points de vigilance en amont du projet
Animer ou accompagner un projet d’innovation implique de veiller sur un déroulé où chaque étape s’appuie directement sur les fondations de la précédente. Si une fragilité s’installe lors du cadrage initial ou de l’exploration, elle se répercutera inévitablement sur la pertinence des solutions finales. Les points d’attention qui suivent sont issus des enseignements relevés durant la formation « Piloter un projet d’innovation par le design thinking » dispensée par la d.school Paris. Conçus comme un support d’autoévaluation régulière pour l’accompagnateur plutôt que comme une liste figée, ils permettent de vérifier la robustesse des jalons amont.
Le brief et l’alignement avec le commanditaire
Le premier point de contrôle se joue dès la rédaction de la commande initiale. L’accompagnateur veille à formuler un sujet ouvert qui évite d’enfermer l’équipe dans une solution préconçue ou dans une logique « techno-push » visant à placer une technologie existante à tout prix. Cette étape demande également d’amener le commanditaire à accepter une part d’incertitude, condition indispensable pour autoriser une véritable phase d’exploration.
La préparation et la conduite de la recherche terrain
Avant d’envoyer l’équipe à la rencontre des usagers, une vigilance particulière s’impose face aux biais cognitifs et aux certitudes préalables du groupe. Chaque hypothèse formulée en salle doit systématiquement être confrontée à la réalité des parties prenantes. Ce travail suppose de consacrer le temps nécessaire à la rédaction d’un guide d’entretien structuré, afin de recueillir des réponses comparables d’un interlocuteur à l’autre. Une fois sur place, si les propos d’un utilisateur contredisent ses comportements observés, l’enjeu consiste à l’interroger avec tact sur cet écart pour en comprendre l’origine.
La synthèse des observations et des retours
De retour d’immersion, l’animateur aide l’équipe à interroger la solidité des verbatims récoltés. Il s’agit de vérifier si l’on maîtrise réellement le « pourquoi » derrière une citation marquante, de repérer si la personne s’est contredite plus tard dans l’échange et de s’assurer qu’elle a appuyé son affirmation par un exemple vécu précis. Lorsqu’un désaccord d’interprétation surgit au sein de l’équipe projet, le réflexe consiste à revenir directement aux notes brutes ou à retourner sur le terrain pour lever le doute. La formalisation d’un ou de plusieurs parcours utilisateurs permet alors de structurer cette matière en mettant en lumière les points de tension, qui constituent autant d’opportunités d’action pour la suite.
4. Du défi de conception au prototypage : sécuriser la création et les tests
Une fois la phase d’analyse consolidée, la posture d’accompagnement évolue pour guider le groupe vers la prise de décision et l’expérimentation concrète, tout en maintenant la rigueur méthodologique acquise en amont.
Le choix du défi de conception
Ce jalon charnière matérialise la rencontre entre le brief initial du commanditaire et les enseignements tirés du terrain. L’accompagnateur s’assure que la sélection du défi de conception s’opère conjointement avec le sponsor du projet, en tenant compte de ses ressources disponibles et de ses contraintes opérationnelles, tout en s’alignant sur sa stratégie globale.
L’animation de la créativité et le tri des pistes
Pour que la phase d’idéation tienne ses promesses, l’animateur pose un cadre explicite en rappelant les règles du brainstorming et en dissociant clairement le temps de divergence du moment où les propositions seront triées. La gestion des experts métiers mérite ici un soin particulier : les inviter à partager leurs pistes en dernier, voire les faire intervenir à une étape ultérieure du processus, permet d’éviter l’autocensure du groupe et laisse émerger des idées neuves. Enfin, au moment de sélectionner les pistes, l’accompagnateur oriente le tri par leviers d’action (comme gratifier les usagers, rendre l’expérience ludique pour susciter l’engagement ou faciliter la réparation) en évitant les classements par simples thèmes génériques tels que le jeu, l’espace ou les solutions techniques.
Le prototypage et l’itération par hypothèses
Aborder le prototypage demande de rappeler à l’équipe que l’on construit avant tout pour vérifier une hypothèse de test précise (par exemple, vérifier si les conducteurs réparent davantage leur véhicule lorsqu’on leur facilite l’accès aux connaissances techniques) loin de la simple matérialisation d’une solution déjà arrêtée. L’accompagnateur encourage donc à démarrer avec des maquettes frugales qui mobilisent très peu de ressources. Lors de la mise en situation, l’équipe doit s’abstenir de promouvoir ou de défendre son idée pour privilégier l’interaction directe entre l’utilisateur et l’objet, tout en continuant à noter les verbatims, à observer les gestes et à prendre des photos. Les itérations successives s’organisent ensuite par champs d’exploration, à mesure que les tests valident ou invalident les hypothèses de départ.
🧭 Et vous, à quel moment du projet ressentez-vous le plus le défi de passer du rôle de faiseur à celui d'accompagnateur ?
Vous est-il déjà arrivé de devoir recadrer un brief orienté vers une solution toute faite ou de freiner une équipe pressée de prototyper sans hypothèse de test claire ?
Si vous souhaitez consolider votre posture d’accompagnement et approfondir ces jalons méthodologiques sur vos propres enjeux, découvrez notre formation « Piloter un projet d’innovation par le design thinking » à la d.school Paris et inscrivez-vous aux prochaines sessions directement sur ce site !
École nationale des ponts et chaussées
Bâtiment Coriolis
6-8 avenue Blaise Pascal
Cité Descartes
77420 Champs-sur-Marne
Bureaux au rez-de-chaussée de l’aile Becquerel
Studio au 3ème étage de l’aile Fresnel
01 64 15 38 55
dschool@enpc.fr
www.dschool.fr